«La neige, en tombant par les fentes du toit, devenait bleue»: l’espace de la poésie chez Pierre Reverdy

Damiano neige

 

Si l’on parle d’un phénomène naturel comme la neige, on doit nécessairement prendre en considération la nature du paysage qui accueille ce phénomène. Le vers du poème «En ce temps-là le charbon…», appartenant au recueil La lucarne ovale de 1916, cité dans le titre, nous permet d’entrevoir que le paysage extérieur, qui traditionnellement devrait abriter la neige, est effacé au profit d’une image qui représente, ou plutôt «présente» un espace autre, liminal, entre l’intériorité d’une maison et le dehors qui entoure cette maison et où le phénomène perd son caractère «réaliste», voire naturaliste. Le paysage se fait donc espace créé et celui-ci acquiert une signification particulièrement dense dans l’œuvre de Reverdy. C’est par l’entremise de cette image suggestive du flocon de neige qui entre dans la chambre que nous voudrions aborder par la présente contribution une série d’aspects de la poésie de Reverdy rassemblés par le concept d’espace (référentiel, imaginaire, poétique) et proposer des réflexions sur l’image de la neige dans sa poésie.

Notre analyse se concentre sur des poèmes contenus dans le volume La Plupart du temps publié en 1945 et qui regroupe les recueils parus précédemment entre 1915 et 1922. Néanmoins, même si nous avons focalisé notre regard sur la première partie de la production poétique de Reverdy, nous nous sommes appuyés sur les précieuses déclarations d’esthétique et de poétique du poète qui ont accompagné sa production poétique tout le long de sa vie, et qui peuvent être parfois postérieures à ces recueils. Ce choix, il nous semble, respecte ainsi la nécessité de «recul» exprimée par le poète à plusieurs reprises et particulièrement dans Self Defence (1919) où il affirme que «pour le peintre il y a un recul de distance, pour l’écrivain il n’y a qu’un recul dans le temps», puisque, selon Reverdy, une esthétique se fonde et se formule à partir des œuvres et non l’inverse: «Il est donc nécessaire de dégager nos moyens des œuvres qui, déjà créées, nous ont été de fructueuses expériences».

 

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